30 novembre 2012
Rêve suspendu, féérie nocturne, magie chromatique, pierre ressuscitée par le son…Drôlement difficile de définir cette « Cathédrale infinie ». Skertzò orchestre la grâce et la légèreté dans sa nouvelle création.
Sur la façade du bijou beauvaisien, il dessine des tableaux bigarrés, et harmonise les couleurs aux sons. Une mystérieuse alchimie se crée alors, et les sculptures de dentelle de la façade s’ébrouent à la tombée de la nuit. Les origines séculaires et l’Histoire de la cathédrale se déclinent soudain en tableaux éblouissants. Des poutres coulent le long des parois, et l’on croirait qu’elles vont s’abattre sur le sol dans un martèlement puissant. Mais rien : les premiers bâtisseurs de ce monument s’élevant vers le Ciel surgissent alors, et racontent leur destin sacrifié pour l’amour de Dieu. Des Saints comme des fantômes luisants semblent danser sur les galeries, et l’on croirait un ballet céleste mis en scène par une main divine. Des voix s’élèvent, de nulle part et de partout, qui racontent aux spectateurs les épisodes guerriers qui ont forgé le destin de cette Picardie écartelée par des conflits sans fin. Le Picard n’abdique pas, et défend sa terre jusqu’à la mort.
Que les éventuels envahisseurs se le tiennent pour dit : la Picardie a versé des ruisseaux de sang pour assurer sa défense. Du sang, justement, il semble s’en déverser en nuances carmines et cardinales, avant que tout ce rouge ne se transforme en or bouillonnant sur l’ensemble de la cathédrale. Et les tableaux s’enchaînent, s’enchevêtrent sans fausse note, avec élégance et puissance. Durant une vingtaine de minutes, le spectacle happe l’ensemble des spectateurs amassés au pied du parvis. Religieusement, les yeux et les oreilles se tendent vers cette apparition dans la nuit d’été. Dès les premières minutes, le silence s’est installé, uniquement brisé par quelques « Oh ! » de jubilation et d’étonnement, et par les applaudissements sacrant la fin du spectacle.
La ville de Beauvais a réussi à sublimer encore davantage ce trésor inestimable de son patrimoine. Le souffle coupé, chacun repart vers sa destinée, des images de pierre gravées sur sa rétine et sa mémoire. Les tombées de la nuit beauvaisienne ne seront plus jamais les mêmes, depuis ce spectacle…





