16 mars 2011
A une petite heure de route de Senlis s'élève le bout d'une cheminée plutôt atypique, au coeur de la ravissante petite ville médiévale de Méru, capitale mondiale de la nacre. La fabrique, imposante, date du XIXe siècle. Reconvertie en musée depuis 1999, elle célèbre un artisanat peu connu : la tabletterie. Lionel Mignot, directeur des lieux, m’accueille chaleureusement et m'éclaire très vite sur cet endroit unique.
Au 17e siècle, pour combler la morte saison agricole, les paysans de la région commencent à fabriquer des objets plus ou moins utilitaires à base de nacre, mais aussi d'ivoire, d'ébène, d'écaille ou d'os. Des matières premières du bout du monde qui auraient été amenées au départ par les nourrices venues de Paris. Au fil du temps cette activité artisanale se développe jusqu'à devenir au XXe siècle, une véritable industrie et l'activité économique majeure de la région. «Plus de 10 000 personnes travaillaient dans cette fabrique.» m'assure-t-il sourire aux lèvres, un brin de fierté dans les yeux.
Boutons de nacre, jeux de dominos, manuscrits, éventails, jumelles, tabatières, broches, peignes…
Luxueux ou utilitaires, ces objets étaient destinés aux grossistes de Paris et ont largement contribué au rayonnement international de la capitale.
C'est le choc pétrolier et plus encore l'avènement du plastique qui mettent un terme à cette activité florissante.
Si musée et nacre connotent pour vous des boutons sous verre et des coquillages poussiéreux, vous serez agréablement surpris d'y découvrir un lieu vivant où le savoir-faire prend tout son sens.
Voyage dans le temps et atelier vivant
La moitié du musée est composée des anciens ateliers, tous intacts mais surtout encore actifs. Les matériaux, ustensiles et outils disposés un peu partout vous feraient croire que les ouvriers sont encore là. Ce voyage dans le temps est rythmé par le coeur et moteur de l'usine, la machine à vapeur(aujourd'hui à air comprimé). Elle seule fait fonctionner l'arbre-mère de toute la fabrique.
Et sous mes yeux s'opèrent les différentes étapes de la confection d'un bouton, le perçage minutieux des dominos, le collage de l'ébène à la colle de poisson ou encore le découpage rigoureux du Burgo de Tahiti. Un coquillage très répandu mais difficile à tailler car très tordu.
Autant de savoir-faire que je découvre, amusée, au fil de ma visite.
J'y apprend beaucoup sur les coquillages, leur provenance et les variétés de nacres. Certaines très rares comme celle de l'huître perlière d'Australie, d'un rose éclatant ou celle de l'haliotide de Nouvelle-Zélande, d'un turquoise à faire pâlir les plus beaux lagons. Il y avait souvent très peu de belle nacre sur les coquillages mais pas de gâchis pour autant ! Les rebuts étaient utilisés pour faire des chemins et des trottoirs.
Tandis que les hommes effectuaient les tâches les plus physiques, les femmes, très présentes dans la manufacture, s'affairaient au perçage des dominos. Opération très délicate nécessitant patience, finesse et précision. Elles pouvaient fabriquer chacune plus de 40 jeux de dominos par mois. A raison de 28 pièces pour un jeu, cela faisait tout de même 168 trous !
Un savoir-faire perpétué
Point d'école de tabletterie. Cet art noble se transmettait de père en fils et de mère en fille. Aujourd'hui deux dominotiers exercent encore la tabletterie au musée à la façon de l'époque. Et les guides manipulent habilement ces vieilles machines pour leurs démonstrations.
A l'étage, c'est un tout autre univers. Jeux interactifs, diaporamas, scénographie contemporaine bien étudiée et design. Un contraste qui renforce l'authenticité des vieux ateliers. C'est cette modernité que Lionel Mignot souhaite mettre en avant et développer afin de « re-contextualiser la tabletterie et ses objets ». Espaces créatifs pour les enfants et expositions temporaires s'ajoutent donc à ce temple du savoir-faire. Une exposition sur l'écaille et les oeuvres des derniers écaillers du monde devrait d'ailleurs démarrer très prochainement.
Toutes les infos pratiques sur le musée ici !





