Écrit par Frédéric, le lundi 20 février 2012 à 12:00
Auschwitz, Dachau, Buchenwald, Ravensbrück…L’image entêtante d’une mère morte, figée d’effroi, qui serre dans ses bras son enfant, mort lui aussi. Statufiés par les gaz d’un camp d’extermination.
« Nuit et brouillard ». Des corps qu’on évacue à la brouette, pour les jeter dans des trous creusés à la hâte. Tous éliminés comme des parasites. Le coma de l’humanité. Sur la route de Compiègne, je ne suis pas bien. Cette horreur de l’Histoire m’a toujours tellement perturbé. Là, destination le
Mémorial de la Déportation et de l’Internement. Profondément remué, j’ai tenu à affronter. Sans regret. J’en suis sorti rassuré sur la nature de l’Homme. Suivez-moi…
Mon cœur est oppressé
Je ne suis ni Juif, ni Tzigane, ni communiste, ni homosexuel, ni handicapé, ni intellectuel. Personne de ma famille n’est mort dans un camp d’extermination. Pourtant, à la porte du mémorial, mon cœur est oppressé. Nous ne sommes pas là devant un musée construit de toute pièce, non. Ici, des hommes, des enfants et des femmes ont réellement été internés, de l’année 1941 jusqu’à 1944. Seuls subsistent aujourd’hui 3 bâtiments, sur les 25 que comptait le camp. Un endroit unique en France, où les Picards ont tenu à regarder avec courage un passé ténébreux de leur histoire. Montrer, pour ne pas oublier. Se souvenir que cela a réellement eu lieu.
Alors, marcher dans ce lieu, c’est comme marcher dans les pas des êtres parqués là par les nazis. L’émotion nait de là. Des fantômes hantent l’endroit. Les souvenirs de tous ceux-là qui ont attendu dans ce camp de transit, avant d’être déportés vers les usines à mort qu’étaient les camps de concentration. La moitié des déportés de ce camp a péri pendant le transport ou dans les camps. Ces bâtiments étaient les antichambres de l’enfer et de la mort, le dernier maillon d’humanité avant l’annihilation de l’humain.
Toiser l’horreur et la mort
Car miraculeusement, une vie assez riche animait ce camp. Ici, de toute la France, toutes les classes sociales, toutes les sensibilités politiques cohabitaient dans le respect les uns des autres. Un jour, on voyait arriver un curé dans sa robe, un préfet en costume, un militaire en uniforme, ou un ouvrier en habit de travail. Au hasard du moment et de l’endroit où ils avaient été raflés. L’hétéroclisme et les situations cocasses me donnent le sourire aux lèvres. Les communistes et les curés, les anarchistes et les militaires ou des juges…Pourtant, malgré ces extrêmes parfois, une vraie vie en communauté s’était créée, et chacun apprenait à respecter l’autre. Des débats étaient organisés, les plus cultivés donnaient des cours aux plus jeunes ou aux illettrés. Ici, on luttait. Il fallait tenir, et préparer l’avenir. Il fallait être prêt à reconstruire, sitôt la guerre finie. Alors, on s’entraidait, on se boostait, on se remontait le moral. Après la noirceur viendrait la lumière. Peu l’ont vue…
Leçon de vie de l’au-delà…
Mais cet état d’esprit combattif, cette solidarité face à l’horreur, cette fierté face à ses bourreaux, cette vie qu’on entretient, tout cela m’a rassuré sur la nature de l’Homme. Une magistrale leçon de vie, et d’amour. Face à l’innommable, des Hommes gardent la tête haute, et regardent vers l’avenir avec des yeux fiers et confiants. Face à la douleur et à l’horreur, l’Homme est capable de se transcender, et d’inverser le cours de l’Histoire. Tous ces fantômes croisés dans ces murs apocalyptiques restent à jamais les héros magnifiques de toute l’humanité qui souffre et meurt. Merci à eux.
4 commentaires
Un lieu empli d'émotion et de solennité, qui fait prendre conscience du courage et de la solidarité dont a fait preuve une multitude d'individus face à l'innomable.
Labellisé Tourisme et Handicap moteur, le mémorial est accessible à tous.
Je partage entièrement votre avis Jean-Luc. Un Mémorial, comme une leçon de courage et de résistance...
La vidéo ne marche pas...
édit modérateur : Bonjour Nadia, après vérifications , tout fonctionne de notre côté et il n'y a pas de problème technique ! En espérant que cela rentre dans l'ordre chez vous également.
Un trés beau reportage Frédéric ! Merci pour ce témoignage poignant et intime...
Si vous vous rendez au Mémorial avant le 4 septembre 2011, vous pourrez découvrir une exposition intitulée "Témoigner de ces vies". Peintures, céramiques, poèmes... une approche artistique des ces événements qui ont marqué l'Histoire.
Et tous les lieux de souvenirs dans l'Oise sur le site : www.oisetourisme-memoire.com
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