20 octobre 2011
Ville d’art et d’histoire, Noyon conjugue à merveille ses deux attributs. Mon escapade entre ses murs m’a donné à voir la richesse de son patrimoine, dont le quartier canonial représente la pépite, une pépite qui irradie d’ailleurs hors de nos frontières picardes. Et puis aussi, le gourmet gourmand que je suis a trouvé son bonheur dans une maison élégante et raffinée, le Saint-Eloi. Visite pleine de saveurs diverses donc….
Deux pépites cohabitent depuis des siècles
Je n’avais encore jamais vu ça. Un quartier canonial conservé quasi dans son jus ! Et ici, à Noyon, tout s’impose à moi, avec le flegme paisible des œuvres qui ont traversé les siècles. Imperturbable, la cathédrale Notre-Dame domine la ville avec beaucoup de modestie. Pourtant, la belle pourrait jouer les divas. D’abord, elle demeure une des toutes premières cathédrales gothiques, la seconde précisément, à s’élever dans le ciel du Nord de la France, en 1145, pour être achevée en 1235. Notre-Dame de Noyon porte encore en elle les fantômes de Charlemagne, sacré ici roi de Neustrie, et de Hugues Capet, couronné à Noyon roi des Francs.
Seulement tout autour de la cathédrale, dans un arc-de-cercle doux au regard, des témoins et des acteurs de l’Histoire de Noyon continuent encercler la cathédrale. Il s’agit des superbes demeures des chanoines, bâties tout autour de Notre-Dame. Noyon, qui fût à une époque désignée siège de l’évêché, en lieu et place de Saint-Quentin, a en effet accueilli un nombre important de chanoines ( environ 60) qui formaient un chapitre puissant et influent. De fréquentes querelles d’autorité les opposaient d’ailleurs à l’évêque. Souvent réglées de façon très bling-bling : chacun tentant d’impressionner l’autre en faisant construire les plus beaux bâtiments.
Peut-être devons-nous à ces petites guéguerres quelques-unes des belles réalisations de la cathédrale. Tenez, la salle Capitulaire. On ignore encore sa fonction précise : réfectoire, cuisine, salle de réunion ?....On pense en revanche que ses vastes dimensions ont été voulues par le chapitre pour en mettre plein les yeux à l’évêché. Dessous, un scellier tout aussi impressionnant où les fûts de vin étaient entreposés.
D’autres bâtiments de valeur complètent l’architecture de ce quartier historique. Citons entre autres autre la bibliothèque de bois des chanoines, bâtie au 15eme siècle et encore debout à nous présenter sa jolie architecture de poutres. Les ruines du Palais épiscopal nous donnent à voir la proximité de l’habitation de l’évêque avec la cathédrale, distants de quelques mètres, et reliés autrefois par un couloir.
Alors, en observant la disposition de chaque édifice, les correspondances que chacun entretenait les uns avec les autres, je vois revivre ce quartier tel qu’il fût. Complètement enlacé aux flancs de la cathédrale, et la vie qui vibrait là, agglutinée sur Notre-Dame. En ces temps anciens où la religion constituait le cœur de la Cité.
Les 3 étoiles du Saint-Eloi dans les yeux
Là, on touche du bout de la fourchette, on caresse du regard, on émeut nos papilles de la grande, la très grande gastronomie et l’art de vivre à la Française. Le Saint-Eloi, imaginez que c’est comme votre plat favori qui fond sous votre palais, délicieusement, lentement, en déposant dans votre mémoire gustative un souvenir impérissable. Véritablement, j’ai eu la douce impression de me laisser emporter sur une longue croisière, à bord de ces paquebots-vapeur d’antan. Fouler la moquette épaisse qui vous dépose d’un pas feutré à votre table tendue d’une belle nappe blanche, flammes de bougies dansant, et fines bulles de champagne dans la coupe de cristal. Discrètes notes de jazz, tentures de soie formant des alcôves plus intimes, le sommelier qui accompagne chaque plat et vous explique le choix et la nature du nectar blanc ou rouge qu’il va délicatement servir dans votre verre. Les mets gastronomiques si fins, si délicieux, si surprenants qu’on voudrait ne jamais les avaler pour en conserver l’émotion. Si bien qu’en quittant cet établissement d’excellence, m’a traversé l’esprit d’enlever le chef-cuisinier, et puis les tables, et puis les verres et les bouteilles, et les lustres, et la moquette, et l’éclairage, et tout quoi. Tous ces ingrédients qui vous laisseront comme à moi le souvenir d’un moment unique.





